À Nîmes, la télérelève a permis d’économiser 300 000 m³ d’eau en un an
Télérelève, réutilisation des eaux, stockage limité et sel en Camargue : une soirée nîmoise a mis des chiffres sur la tension qui pèse sur la ressource.
En bref
- Veolia et le Medef Gard ont réuni entreprises, scientifiques et acteurs publics à Nîmes autour de l’eau.
- La télérelève a permis d’économiser 300 000 m³ en un an sur Nîmes Métropole.
- La France stocke 5 à 6 % de l’eau de ses réseaux hydrographiques, contre 50 % pour l’Espagne.
- En Camargue, 500 hectares ont été touchés par des remontées salines après 2022.
Pour les participants rassemblés à Nîmes, l’eau n’est plus un simple sujet écologique : elle détermine l’activité économique du Gard. D’après Le Réveil du Midi, des dirigeants d’entreprise, des chercheurs, des responsables publics et des opérateurs du secteur de l’eau ont répondu à l’invitation de Véolia et du Medef Gard. La discussion a occupé près de deux heures, puis s’est poursuivie autour d’un verre, avec un fil conducteur : comment assurer l’avenir économique du territoire malgré le dérèglement climatique et la pression qui pèse sur la ressource ?
Un territoire entre déluges et étés secs
Le Gard connaît des épisodes cévenols intenses, mais ces pluies violentes profitent peu à la recharge des nappes. Les étés, eux, deviennent plus longs et plus secs, alors que les besoins augmentent au moment où la ressource est la plus faible.
Les données présentées durant la soirée confirment ce constat : les vagues de chaleur se sont multipliées depuis 1947, Nîmes a enregistré des températures record, et des sécheresses ont imposé de fortes restrictions, certaines communes devant même être approvisionnées par camions-citernes. Olivier Sarlat, directeur régional de Véolia, résume : « Sans eau, pas d’agriculture, pas d’industrie, pas de tourisme, pas d’emploi ».
Les démarches de planification se multiplient : plan national Eau, plan régional de résilience, schéma départemental Eau et Climat 2030, et stratégie de Nîmes Métropole pour réutiliser les eaux non conventionnelles. Pour les services de l’État, la situation ressemble à une « baignoire » dont le volume n’augmente pas.
Stockage, réseaux et prix : les limites du système
La France retient autour de 5 à 6 % de l’eau qui parcourt ses réseaux hydrographiques, alors que l’Espagne en conserve 50 %. La question du stockage n’est plus taboue : « Ce n’est pas un gros mot », a martelé Eric Servat, directeur du centre international UNESCO ICEREWARD. Plusieurs participants y découvrent un levier possible, pourvu que l’on procède avec rigueur et en concertation.
Dans le Gard, les aménagements hydrauliques remontent aux années 1950 et les réseaux actuels couvrent 300 communes. Pendant des décennies, l’eau a été abondante et peu coûteuse, autour de 1 % du budget des ménages. Investissements dans les infrastructures, réutilisation, dépollution (PFAS), stockage et renouvellement des réseaux ont un coût : une hausse progressive du prix apparaît inévitable, d’après l’article. Hubert Vialatte, qui animait la soirée, l’a résumé ainsi : « Une eau plus rare sera une eau plus chère ».
Les réponses déjà à l’œuvre
| Levier | Ce qui est cité |
|---|---|
| Télérelève | Détection des fuites après compteur, selon Véolia |
| Réemploi des eaux | Gisements cartographiés par Nîmes Métropole : eaux pluviales, de piscine, de nettoyage, stations d’épuration, pour remplacer l’eau potable dans le nettoyage urbain ou l’arrosage, d’après Renaud Orsucci, de Véolia |
| Industrie | Baisse des prélèvements, recyclage en circuit fermé, et plan de sobriété hydrique pour la filière nucléaire |
| Agriculture | Modernisation de l’irrigation, avec des techniques issues notamment d’Israël |
Bernard Angelras, qui est viticulteur et aussi vice-président de Nîmes Métropole, souligne pourtant qu’on réclame encore 10 % d’économie d’eau au cours des dix prochaines années. Or la hausse des températures complique les choses : +1 °C équivaut à environ +10 % d’évapotranspiration, de sorte que les cultures ont besoin de plus d’eau, même quand elles gagnent en efficacité.
En Camargue, le sel a déjà fait des dégâts
Aux yeux des intervenants, cet épisode constitue une alerte de plus pour l’économie du Gard. Steeve Calligaro, président du Medef Gard, a défini l’objectif : « Anticiper pour que l’eau ne devienne pas un frein, mais un levier d’attractivité et de résilience économique ».
Les conséquences des étiages sévères sur les poissons sont par ailleurs documentées ailleurs, comme dans le Roannais.
Photo : Robert So / Pexels
